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Immobilier et ventes à la découpe : Jeanne Moreau, les raisons de la colère (1/2)

0012457874Bonjour Jeannne. Vous êtes locataire square du Roule, à Paris dans le 8eme arrondissement, dans l’un des 100 immeubles qui ont été vendus a la découpe en 2003 par Gecina au groupe américain Westbrook. Pourquoi vous être engagée dans une association de locataires qui s'opposent aux ventes a la découpe ?

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Bonjour. Un sentiment d’injustice et un besoin de résistance. Il y a actuellement une grave crise du logement à Paris et en Ile de France. Des immeubles vétustes brûlent. Les sans logis sont de plus en plus nombreux. Les classes moyennes ne peuvent plus se loger près de leur lieu de travail. Et les ventes à la découpe d’immeubles entiers aggravent le phénomène avec des prix de ventes de plus en plus délirants et des appartements vides de plus en plus nombreux qui ne trouvent pas d’acheteurs. Il y en a actuellement plus de 40.000 rien qu’à Paris.

Le mouvement de résistance qui s’est créé est un mouvement spontané de gens, issus de tous horizons et habitant tous les arrondissements de Paris, qui ne supportent plus les méthodes brutales des vendeurs, sont scandalisés par les profits insensés que réalisent les intermédiaires marchands de biens et qui refusent les atteintes à la mixité sociale que provoquent les ventes à la découpe.

Ces spéculateurs n’ont aucun scrupule pourvu qu’ils puissent faire de l’argent, même s’il s’agit de mettre les familles à la rue. Mais il y a une chose à laquelle ils ne s’attendaient pas. C’est que, à la différence de la viande qui est morte quand on la découpe, les locataires découpés eux sont bien vivants et ne se laissent pas faire : ils le manifestent dans la rue, dans les médias et au Parlement.

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Jeanne Moreau, vous êtes en colère ?

Oui, je suis très en colère et je vais vous dire pourquoi. On veut nous faire croire que ces ventes à la découpe sont des opérations légales, certes pénibles pour les locataires, mais légales. En fait, nous sommes en face d’une vaste escroquerie. Et je parle de ce que je connais car j’en suis victime dans le cadre de la vente en bloc d’une centaine d’immeubles haussmanniens réalisée par la plus grande société foncière française cotée en bourse, la société GECINA à un fonds « opportuniste » - c’est-à-dire purement spéculatif - WESTBROOK-PARTNERS.

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Ces ventes ont eu lieu en 2003 à très bas prix. Un an après, WESTBROOK revend à la découpe en doublant les prix. Pourquoi GECINA n’a-t-elle pas vendu elle-même les appartements et conservé la plus-value faramineuse qu’elle offre à son acheteur américain ? J’espère que le juge d’instruction du pôle financier qui a été chargé d’une plainte pénale découvrira les véritables bénéficiaires de ces opérations douteuses.

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Le plus scandaleux c’est que, pour que ces opérations réussissent, il faut commencer par vendre les immeubles en bloc, afin de faire échec au droit de préemption des locataires sur la base du prix de la vente en bloc. Ensuite, pour récupérer les énormes plus-values latentes d’immeubles largement amortis depuis des décennies, il faut faire partir les locataires ou les contraindre à acheter leur appartement à prix d’or. C’est là le vrai scandale qui n’a pas vraiment ému les Pouvoirs publics.

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Pourtant le Parlement a voté une loi pour protéger les locataires.

Parlons-en effectivement de cette loi. D’abord, le texte n’est pas encore voté alors qu’on en fait état depuis plus d’un an sur le thème « voyez, on s’occupe des locataires » et que cela fait même des années qu’il y a de telles opérations dans Paris. On estime qu’au moins 80.000 parisiens ont dû quitter leur appartement dans Paris depuis dix ans à cause de cette spéculation. A partir de 2002, on passe à la vitesse supérieure avec des dizaines de milliers de familles qui subissent le même sort. Il suffit d’ailleurs de lever les yeux à Paris pour voir dans tous les quartiers les banderoles sur les immeubles où on annonce « A vendre appartements  libres ou occupés ». C’est-à-dire où on vend les locataires avec les appartements, comme des accessoires de la pierre ! Entre nous, comme l’a titré très justement  un de vos confrères : les ventes à la découpe ont laissé les politiques de marbre…

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Il a fallu la création de l’association du square du Roule, puis de dizaines d’autres associations un peu partout dans Paris – et pas seulement dans « les beaux quartiers » -, associations maintenant regroupées dans un Collectif national, pour qu’on commence enfin à parler des ventes à la découpe. La Presse s’en est fait largement l’écho avec plusieurs centaines d’articles qui sont recencés sur le site internet du Collectif (www.locatairesdecoupes.net). Et il a fallu plus de trois heures d’émissions télévisées nationales et une manifestation sur la place publique devant le bureau du ministre délégué au Logement, pour qu’enfin le gouvernement commence à s’en occuper !

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En réalité, l’initiative est venue des parlementaires, à l’Assemblée Nationale et au Sénat, avec plusieurs propositions de loi qui sont restées en souffrance pendant plusieurs mois. En mai 2005, l’Assemblée Nationale a d’abord commencé par repousser une proposition de loi socialiste qui était très complète, puis en juin elle a adoptée une proposition de loi UMP réservée au locataires candidats à l’achat,, mais en en dénaturant complètement le contenu et en lui adjoignant un dispositif qui est très négatif pour les locataires.

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Comment cela ?

Ce texte est négatif pour plusieurs raisons. Tout d’abord il ne s’appliquera qu’aux opérations futures. Quand il n’y aura plus d’appartements à vendre ! Naturellement les opérations passées sont amnistiées et les locataires – qui ont pourtant fait connaître le scandale – sont laissés pour compte. Ensuite par une habile manœuvre juridique de la commission des lois de l’Assemblée Nationale, sans doute bien conseillée par nos adversaires, le texte cherche à revenir sur une évolution de la position des tribunaux qui commençaient à regarder de plus près la régularité de ces opérations afin de mieux protéger les locataires abusivement victimes de congés pour vente. Enfin il ne traite absolument pas de la spéculation qui pourtant avait été considérée unanimement, - y compris par le gouvernement – comme le problème majeur posé par ces pratiques.

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De toutes manières, la loi, qui n’est d’ailleurs toujours pas définitivement votée - parce qu’il y a sans doute des textes plus urgents à faire voter- ne concernera que les locataires qui veulent ou peuvent acheter, c’est-à-dire, au plus, le tiers des locataires. Les autres, la grande majorité,  seront évincés à la fin de leur bail quand leur appartement aura été racheté par un « investisseur »,  c’est-à-dire un particulier ou une SCI, souvent de mèche avec les vendeurs et les banques. C’est la raison pour laquelle les locataires concernés se battent depuis plus de six mois pour obtenir une modification de la proposition de loi. L’essentiel, c’est de lutter contre l’effet d’éviction qui fait que les ventes à la découpe chassent de leur logement les deux tiers des locataires découpés.

Immobilier : l'interdiction de la vente à la découpe (1) fera fuir les assureurs !

Immobilier et ventes à la découpe (2) : Jeanne Moreau, les raisons de la colère (1/2)

Commentaires

:-)

21 jan 2007 18:39:12

Jeanne M :-)


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